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Paul Thomas Anderson réalise un portrait elliptique du fondateur de la scientologie, avec son poids de légendes et de scandales, et deux acteurs cultes, Philip Seymour Hoffman et Joaquin Phoenix.

Lancaster Dodd (Seymour Hoffman) dans « The Master » (2012), de Paul Thomas Anderson. Lancaster Dodd (Seymour Hoffman) dans « The Master » (2012), de Paul Thomas Anderson.

CINÉ+ CLUB – MARDI 27 SEPTEMBRE À 20 H 50 – FILM

De Hard Eight (1996) à There Will Be Blood (2007), Paul Thomas Anderson peaufine un style qui conjugue maîtrise et monumentalité, défend bec et ongles ses prérogatives d’auteur au sein du système hollywoodien, passe au crible les fléaux qui ternissent les valeurs de l’Amérique. Il ambitionne d’édifier une œuvre qui, à l’instar de celle créée par son mentor, Robert Altman, puisse mériter le titre d’Americana. En dépit d’une critique globalement conquise par sa virtuosité, l’effet d’affichage de cette maîtrise et de cette ambition ne lui vaut pas que des admirateurs.

Parce qu’il est le plus indécis, le plus opaque, le plus risqué, The Master, son sixième long-métrage, pourrait réconcilier tout le monde. De prime abord, rien de changé au programme andersonien. Un sujet qui pèse son poids de légendes et de scandales (la naissance de la scientologie aux Etats-Unis), deux acteurs cultes (Philip Seymour Hoffman et Joaquin Phoenix) qui se mesurent dans un numéro servi sur un plateau, le choix d’une époque (les années 1950) propice à la séduction cinégénique et qui rappelle l’apogée de la puissance américaine.

Freddie (Joaquin Phoenix), dont la démobilisation ouvre le film, est un vétéran de la guerre du Pacifique, alcoolique, paumé, asocial. Un bloc d’énergie à canaliser, un corps brisé qui cherche la rédemption et la voie qui pourrait l’y mener. Dans la grande tradition de la composition expressionniste américaine, Joaquin Phœnix transforme son corps en réceptacle des passions d’un personnage presque dépourvu de langage, une bombe prête à vous exploser en pleine figure, errant dans l’Amérique d’après-guerre comme son cauchemar personnifié (on pense au Freddy des Griffes de la nuit, de Wes Craven).

Lutte entre l’esprit et la matière

Au hasard d’un refuge dans un bateau en partance, le maître de bord, Lancaster Dodd (Seymour Hoffman), lui dispensera les mots qui lui manquent, tracera ce chemin qu’il rêve de rejoindre. Mèche blanche impeccable et tenue de patricien, Dodd, auteur d’une théorie de la salvation baptisée « La Cause », règne sur une modeste communauté qui se prête aveuglément à ses expériences et ses directives – évocation en filigrane d’un Ron Hubbard première manière (le film s’arrête en 1959).

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Freddie et Lancaster, c’est l’angle contre la courbe, la violence contre la ruse, la décharge contre la maîtrise. La séduction qu’ils exercent réciproquement l’un sur l’autre confirme que le motif de prédilection de l’œuvre de Paul Thomas Anderson est la lutte entre l’esprit et la matière.

Il n’est sans doute pas fortuit, à cet égard, que les parents de l’acteur Joaquin Phoenix fussent membres de la secte les Enfants de Dieu. Quel autre point commun entre la religion et l’art du cinéma, sinon cette nécessité de la croyance ? Avec sa part d’illusion, d’imposture, mais aussi de foi sincère en un grand récit qui transfigure la réalité. Appelons cela la fiction.

The Master, film de Paul Thomas Anderson. Avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Laura Dern (EU, 2012, 2 h 17).

Jacques Mandelbaum

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