Régalant ou débectant, faut-il aller voir « Sans filtre », la palme d’or 2022 ?

Il y a 2 mois 88

Cinq ans après « The Square », le Suédois Ruben Östlund a raflé en mai dernier une deuxième palme d’or au 75e Festival de Cannes avec « Sans filtre », satire corrosive des super-riches et du luxe, qui suit l’aventure de Yaya et Carl, un couple de mannequins et influenceurs en vacances à bord d’une croisière qui tourne à la catastrophe.

Sans filtre

Comédie dramatique suédoise par Ruben Östlund, avec Harris Dickinson, Charlbi Dean, Woody Harrelson (2h29).

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Régalant

♥♥♥ Déconcertant et poilant. C’est la grande qualité de ce film où les passagers d’une croisière de luxe se retrouvent transformés en naufragés sur une île probablement déserte. Voir le jeune couple mode (beau mec, belle fille) s’engueuler pour des kopecks, c’est gai. Voir le capitaine du yacht se bourrer la gueule, c’est hilarant. Voir le bateau envahi par la merde des latrines pendant la tempête, c’est inoubliable. Voir les bourgeois nuls se résoudre à faire les Robinson Crusoé et tenter d’allumer un feu, c’est régalant. Voir la femme de ménage asiatique devenir la kapo pure et dure de cette bande de bons à rien, c’est le pied. On ne vous raconte pas la fin, d’un cynisme à faire pâlir Swift et ses suiveurs. Ruben Östlund, réalisateur de « Snow Therapy » (2014) et « The Square » (2017), est un cinéaste hors cadre, qui ne filme jamais ce qu’on attend de lui, et qui aime les déraillements. Son humour, tendance Wolinski, est parfois confondant, mais le talent du cinéaste éclate à chaque scène : l’image est constamment chargée d’orage. On attend la tempête. Elle vient, elle vient… Et c’est délicieux. François Forestier

Débectant

Cinquante ans après « la Grande Bouffe », le brûlot de Marco Ferreri sur la société de surconsommation et l’indécence des classes dominantes, le Suédois Ruben Östlund vomit notre époque de mannequins influenceurs et de milliardaires débectants. Il en réunit quelques spécimens sur un yacht de luxe, bientôt submergé par leur merde, puis sur une île déserte. « Titanic » et « Koh-Lanta » comme décors du cataclysme de classes : sur le papier, c’est astucieux, à l’écran, c’est pénible. Si monocorde et appuyé dans la satire, si autosatisfait de son regard pince-sans-rire, où la détestation le dispute au cynisme. Östlund, marionnettiste à moufles de pantins inarticulés aux prétentions d’anthropologue moraliste, avait un certain talent, à l’époque de « Snow Therapy », pour créer le malaise à partir de situations quotidiennes qu’il dilatait et nourrissait de nos petits travers et grandes lâchetés. Puis il y eut « The Square », sa première palme d’or et son premier pas vers la complaisance de pubard. De son comique de la gêne ne reste que la gêne d’un film peu comique, formellement aussi creux et lisse que ses personnages. Après « la Grande Bouffe », la petite « gerbouille »… Nicolas Schaller

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