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Retrouvailles avec le roi du mélo prolétarien, Robert Guédiguian, dont le film fourmille de scènes et de personnages aussi bien vus que sentis.

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Michel (Jean-Pierre Darroussin) et Marie-Claire (Ariane Ascaride) dans « Les Neiges du Kilimandjaro » (2011), de Robert Guédiguian. Michel (Jean-Pierre Darroussin) et Marie-Claire (Ariane Ascaride) dans « Les Neiges du Kilimandjaro » (2011), de Robert Guédiguian.

ARTE – MERCREDI 3 AOÛT À 20 H 55 – FILM

Voici trente ans que Robert Guédiguian, posté sur le port de l’Estaque, à Marseille, avec le même gang d’acteurs, envoie des faire-part de décès de l’utopie révolutionnaire, sur fond de désintégration du monde ouvrier, lorsqu’il sort Les Neiges du Kilimandjaro, en 2011. Le titre est celui d’une chanson populaire, créée par Pascal Danel en 1966, qui fut, en son temps, numéro un des ventes en France, slow servant davantage à emballer qu’à évoquer le linceul destiné au héros de la nouvelle d’Ernest Hemingway dont elle s’inspire.

Ce quiproquo ressemble un peu aux films de Robert Guédiguian. Ici, la ritournelle retentit à mi-parcours, interprétée par les proches et les amis, lors d’une fête donnée pour l’anniversaire de mariage de Michel (Jean-Pierre Darroussin) et Marie-Claire (Ariane Ascaride). Ce moment de bonheur simple est le point nodal d’un film qui comporte son avant et son après.

L’avant commence frontalement, par un plan de licenciement chez les dockers, négocié avec le syndicat CGT, dont Michel est l’un des vieux militants. Vingt têtes sont demandées, le syndicat a choisi de les tirer au sort. Michel, qui s’est fait un honneur de ne pas s’oublier parmi les cocottes en papier, tire son nom et sonne comme il peut la retraite.

Rien d’insurmontable, quand bien même ça sent un peu la mort. D’autant qu’il y a ce rêve de grand voyage au pays du Kilimandjaro, en Tanzanie, que leurs proches leur ont offert pour leur anniversaire de mariage.

Impitoyable vengeance

Et puis vient l’après. Un dîner paisible à la maison, l’irruption violente de deux individus armés, le braquage de leurs économies, des cartes bancaires, des billets du voyage. Michel, l’épaule luxée, rumine sa rage. Un pur hasard (belle trouvaille scénaristique) le met sur la piste d’un de ses voleurs et va transformer sa colère en abîme qui s’ouvre sous ses pieds. Car ce voleur, il le connaît, c’est l’un des siens, un ouvrier (interprété par Grégoire Leprince-Ringuet). Cette trahison de la solidarité de classe, cet avènement d’un monde précarisé et atomisé en jungle préparent assez logiquement au récit d’une impitoyable vengeance.

Toute l’habileté et toute la grandeur du film de Robert Guédiguian consistent à laisser s’accomplir cette vengeance en créant les conditions nécessaires à en extirper le pardon. On ne dira pas ici comment. On dira simplement que le film, qui fourmille de scènes et de personnages aussi bien vus que sentis, dissocie dès lors les cheminements respectifs du voleur, de Michel et de Marie-Claire, pour les réunir dans un finale devant lequel quiconque aura eu la bonne idée d’aller voir ce film ne pourra empêcher ses larmes de couler. L’exploit n’est pas mince s’agissant d’un mélo, dont les ressorts, empruntés aux Pauvres Gens, de Victor Hugo, sont à ce point politiques.

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