Culture Cinéma

Le film de monstres, parodie plutôt réussie, fait des clins d’œil un peu trop appuyés à la pandémie de Covid-19 et au réchauffement climatique.

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Blaise (Jean-Pascal Zadi), Maja (Marina Foïs) et Eugénie (Chrisitne Gautier) dans « L’année du requin », de Ludovic et Zoran Boukherma. Blaise (Jean-Pascal Zadi), Maja (Marina Foïs) et Eugénie (Chrisitne Gautier) dans « L’année du requin », de Ludovic et Zoran Boukherma.

L’AVIS DU « MONDE » - POURQUOI PAS

Un senior a manifestement apprécié sa virée en paddle gonflable. En s’approchant de la côte, il marque un temps d’arrêt pour envoyer un message coquin à sa femme… L’océan s’agite, le téléphone tombe à l’eau, le retraité aussi, et l’image vire au rouge sanguinolent. Un requin est arrivé en Gironde et rôde dans la baie de La Pointe. La gendarmerie maritime est chargée de l’affaire. En particulier Maja (Marina Foïs), de l’hébreu « princesse de la mer » : tresses collées en aileron sur le crâne, fard à paupières turquoise et tenue marine, elle entend rattraper toutes les années passées à dépanner des Allemands en panne de Zodiac, et agir avec l’aide de deux jeunes collègues dévoués à sa cause, pour vivre le grand frisson. Finalement, en shérif des flots, elle répond à une aspiration assez commune de nos jours : sauver la planète.

La composition des plans, où tout est parfaitement agencé et assorti, nous plonge dans une France miniature

Réalisé par les jumeaux Ludovic et Zoran Boukherma, L’Année du requin est le premier film de requin français… Un vrai pari. Après s’être attaqués, dans leur premier long-métrage, Teddy, (2020) à la figure du loup-garou, les deux frères, formés il y a une dizaine d’années à l’Ecole de la Cité, fondée par Luc Besson, poursuivent leur objectif de faire peur et de faire rire. Mais ici, la comédie édulcore le cauchemar, si bien qu’on est voué à picorer, de-ci de-là, quelques gags malins et quelques visions d’horreur. Le plus ennuyeux est l’inscription systématique du film dans la « cata-routine » mondiale à laquelle nous sommes confrontés depuis deux ou trois ans.

Joie fragile

Du film de monstre qui nous prend à la gorge et ne nous laisse pas desserrer les doigts de notre accoudoir, on se retrouve vite dans une parodie avec clins d’œil appuyés à la pandémie de Covid-19 et au réchauffement climatique. Il y a les « pro » et les « anti »-requins, il fait 38 °C, c’est la canicule et les sardines de plus de cinquante arêtes migrent vers l’hémisphère Nord, où elles se sentent désormais comme à la maison. Ces nota bene finissent par prendre trop de place et transforment les tentatives de susciter l’effroi en effets de manche aussi grand-guignolesque que désuets.

Comme chez Spielberg, L’Année du requin s’ouvre sur un débat d’ordre économique : que dit-on à la population ? Doit-on fermer les plages et supprimer toutes les activités ? Le film se poursuit ensuite, en Moby Dick du Sud-Ouest, sur le petit bateau des gendarmes. Sans éventer le suspense, ce que le spectateur fera sans doute par lui-même, Maja s’arme gentiment d’une dose de sédatif… « On est en 2022 ! », souligne-t-elle. De ce point de vue, L’Année du requin respecte le réveil écologique de Peter Benchley, l’auteur des Dents de la mer. Décédé en 2006, il a souvent dit qu’il n’aurait pas écrit Jaws s’il avait mieux connu les requins. Il a passé ensuite le reste de sa vie à dédiaboliser l’image de ces gros poissons, plaidant pour la sauvegarde d’une espèce en danger. Doit-on arrêter de vivre pour un requin ?, interroge le film dans ce qu’il tient de plus réussi. Autrement dit, doit-on cesser de nager, de plonger et de faire du paddle pour laisser la vie à un animal qui peut nous manger ?

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