Culture Cinéma

A revoir en salle, le film suit méthodiquement un tueur en série, sans donner les clés de son trajet sanglant.

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Iwao Enokizu (Ken Ogata) et son épouse Kazuko (Mitsuko Baisho), dans « La vengeance est à moi » (1979), de Shohei Imamura. Iwao Enokizu (Ken Ogata) et son épouse Kazuko (Mitsuko Baisho), dans « La vengeance est à moi » (1979), de Shohei Imamura.

La vengeance est à moi a marqué le retour de Shohei Imamura, en 1979, au cinéma de fiction. Celui qui avait été un des plus illustres et des plus brillants représentants de la nouvelle vague nipponne, au début des années 1960, avait abandonné celui-ci après l’échec commercial de Profond désir des dieux en 1969. Il s’était depuis consacré au documentaire, autre manière pour lui de s’interroger sur la nature de la société japonaise à partir, cette fois-ci, des séquelles de la seconde guerre mondiale.

Le film est l’adaptation d’un roman de Ryuzo Saki s’inspirant de l’histoire réelle d’un escroc et tueur en série qui fut arrêté en 1963. En commençant son récit avec l’arrestation du meurtrier, Imamura dévoile un projet tout entier tourné vers la recherche des causalités. Comment les choses en sont-elles arrivées là ? Qu’est-ce qui expliquerait le trajet sanglant du protagoniste ?

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Le cinéma d’Imamura, et cela dès les premiers titres, est hanté par la volonté de rechercher les causes profondes, générales, qui programmeraient le comportement des individus. Les échantillons du lumpenprolétariat qui constituaient le cheptel de ses films de la décennie précédente étaient des sujets observés, parfois froidement et cruellement, parfois affectueusement, par celui qui se définissait lui-même comme un entomologiste. Le cinéma d’Imamura, dès ses origines, avait l’ambition d’exercer un regard à la fois sociologique et psychologique. Un regard qui tenterait de définir et de capter une énergie tout entière engendrée par la nécessité de la survie au sein d’un Japon plongé, depuis 1945, dans une modernité forcée, à la fois économique et sociétale, par les rapports de classe et par une sorte de dépense libidinale, une pulsion vitale ambiguë, libératrice ou aliénante.

Constat froid

Le film est scandé d’indications écrites apparaissant sur l’écran, indiquant notamment le lieu et la date des crimes commis, conférant à l’ensemble le statut d’un constat froid, se voulant peut-être l’expression ironique d‘une objectivité implacable. Cette objectivité est ici au service de la peinture d’un itinéraire macabre, celui d’un être opaque et barbare, nourri de mensonges cruels et d’appétits mesquins, un parcours semé de cadavres, aux marges d’une société indifférente. Génialement interprété par Ken Ogata, le héros de La vengeance est à moi, ivre d’une haine suicidaire, accomplit des actes dont la nature et les motivations apparaissent mystérieuses.

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En déconstruisant chronologiquement son récit, en alternant les faits nus et leur recension lors d’interrogatoires du criminel dans sa cellule, Imamura semble chercher une clef visiblement introuvable. Un traumatisme d’enfance (un père humilié par un officier avant la guerre), un dérèglement conjugal (le même père entretenant une relation avec sa propre belle-fille, l’épouse du criminel), une éducation catholique, donc marginalisée, les rapports d’argent qui définissent les relations entre les individus… Chaque élément semble constituer un facteur d’explication plausible, mais rien ne semble suffire à cerner la nature profonde du criminel.

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