« West Side Story », « les Amants sacrifiés »… Les films à voir (ou pas) cette semaine

Il y a 1 mois 46

♥♥♥♥ West Side Story

Drame musical américain par Steven Spielberg, avec Ansel Elgort, Rachel Zegler, Ariana deBose, Rita Moreno (2h36).

L’émotion nue, la virtuosité en plus. Littéralement magique, voici l’un des films les plus réussis de Spielberg, traversé par un allant, une conviction, un Gulf Stream d’amour. En reprenant l’œuvre de théâtre originale (1957), le cinéaste insuffle une nouvelle vie à cette adaptation de « Roméo et Juliette », lui donne une flamme incroyable. Il a gardé la musique, modernisé les ballets, renforcé l’arrière-plan social et politique et donné aux femmes (Rachel Zegler, Ariana deBose) les beaux rôles. Cette guerre qui oppose deux gangs – les Jets, d’origine polonaise, et les Sharks, portoricains – sur les ruines d’un quartier en pleine démolition renvoie clairement au racisme ambiant actuel, dans l’Amérique post-Trump. Message reçu, cinq sur cinq, monsieur Spielberg. Mais ce qui prime, c’est l’incroyable vague d’émotion qui déferle, dès que les numéros musicaux arrivent, avec des airs connus de tous : « Maria », « I Feel Pretty », « Somewhere », « America »…

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Steven Spielberg : « “West Side Story” est une œuvre qui ne m’a jamais quitté »

C’est que Spielberg et son scénariste, Tony Kushner, privilégient la love story, lui redonnent une dimension hautement tragique : ces amants que tout oppose, que tout sépare, qui se retrouvent sur les escaliers de fer d’une cité en décomposition sont tout simplement bouleversants. Et quand Rita Moreno, qui jouait Anita dans le film de 1961, devenue une magnifique vieille dame de 89 ans, chante « Somewhere (There’s a Place for Us) » dans la pénombre, comment ne pas avoir la gorge serrée ? Cette Portoricaine dont la vie a été marquée par l’intolérance, qui affirme, les yeux gonflés de larmes, que « quelque part il y a une place pour nous », est inoubliable.

Pour son trente-cinquième film, Spielberg filme le West Side, devenu un empire de gravats, comme une ville fantôme, source d’une violence omniprésente : amples mouvements de caméra, arrière-cours traversées de cordes à linge, rues craquelées par la vétusté. Le film de 1961, signé par Robert Wise et Jerome Robbins, titulaire de dix oscars, s’efface, et les héros de l’époque – George Chakiris, Russ Tamblyn, Natalie Wood (d’origines grecque, américaine et russe) – ont été remplacés par des latinos, donnant une authenticité, une tonalité différentes. Deux heures et trente-six minutes plus tard, on sort de là chaviré, les yeux étincelants, le cœur égaré dans les décombres du West Side, là-bas. Enthousiasmant. François Forestier

♥♥♥ Les Amants sacrifiés

Drame historique japonais par Kiyoshi Kurosawa, avec Yû Aoi, Issey Takahashi, Hyunri (1h55).

Bande annonce "les Amants sacrifiés"

Une tragique histoire d’amour et d’espionnage sur fond de guerre sino-japonaise. Une intrigue menée de main de maître par Kurosawa, réputé pour son goût pour le fantastique, qu’il délaisse avec cette fiction labyrinthique, faite de trahisons et de faux-semblants, à laquelle il insuffle sa touche personnelle, au lyrisme sec et sombre. Son hommage au septième art comme élément clé de la résolution de ce drame est une trouvaille réjouissante. Tout comme l’audace, très politiquement incorrecte, dont il fait preuve en dénonçant les exactions (toujours niées par le révisionnisme d’Etat de son pays) de l’armée japonaise envers les Chinois. Sans doute le meilleur film de son auteur. Xavier Leherpeur

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♥♥ Rose

Comédie dramatique française par Aurélie Saada, avec Françoise Fabian, Aure Atika, Grégory Montel (1h40).

Rose, 78 ans, enterre son mari tant aimé, sa boussole depuis plus de quarante ans. Soutenue dans son deuil par ses trois enfants, elle l’est moins quand elle se décide à vivre comme une femme célibataire. C’est un premier film qui vient du cœur. Aurélie Saada, moitié du groupe Brigitte, parle de ce qu’elle connaît : la famille juive séfarade, les dîners et rencontres de bistrot s’achevant dans une chaleureuse ivresse. Les scènes sentent le vécu à défaut d’être toutes abouties, mais quel beau portrait de femme et quelle Françoise Fabian ! L’actrice ne fait qu’une avec cette Rose à nouveau éclose. Nicolas Schaller

ÇA RESSORT

♥♥♥ Les Aventures d’Antoine Doinel

Cinq films par François Truffaut : « les Quatre Cents Coups » (1959), « Antoine et Colette » (1962), « Baisers volés » (1968), « Domicile conjugal » (1970), « l’Amour en fuite » (1979). Disponibles aussi en Blu-ray chez Carlotta.

L’expérience est unique d’un acteur jouant l’alter ego de fiction d’un cinéaste qu’on voit grandir sur vingt ans. Dès « les Quatre Cents Coups », il y a autant de Jean-Pierre Léaud que de François Truffaut en Antoine Doinel, personnage de son temps mais toujours à côté, dont la rêveuse maladresse parle à chaque génération. Selon son âge, on préférera celui de « Baisers volés », sa fascination d’éternel petit garçon pour les femmes, ou celui de « Domicile conjugal », jeune mari et père que l’embourgeoisement inquiète. « Antoine Doinel, Antoine Doinel… », se répète-t-il devant la glace. Antoine Doinel, c’est nous. N. S.

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♥♥♥ Une femme du monde

Drame français par Cécile Ducrocq, avec Laure Calamy, Nissim Renard, Béatrice Facquer (1h35).

Elle n’a que son corps à vendre. Prostituée, certes, mais combattante : il faut assurer l’avenir d’Adrien, le fils de 17 ans, qui veut devenir cuisinier. Entre son bout de trottoir et la maison close, la vie est une chienne pour Marie. Evitant tous les pièges du mélo façon feuilleton 1900, Cécile Ducrocq, dont c’est le premier long-métrage, brosse un portrait bouleversant d’une femme en désarroi, prête à tout pour donner une chance à son ado. Présente à chaque plan, Laure Calamy (« Antoinette dans les Cévennes ») donne au personnage une humanité rare. Dure et blessée, fracassée et mordante, elle est superbe. La fréquentation, sur les planches, de Corneille, de Brecht et de Genet a nourri son talent. Il est incontestable. F. F.

♥ Lingui. Les liens sacrés

Drame tchadien par Mahamat-Saleh Haroun, avec Achouackh Abakar, Rihane Khalil Alio, Youssouf Djaoro (1h27).

La lumière est belle, et l’intention, méritoire. Retracer le combat pour avorter d’une brillante lycéenne de 15 ans, élevée par sa mère célibataire à N’Djamena, n’étonne guère venant du réalisateur d’« Un homme qui crie », radiographe attentif de la société tchadienne. Patriarcat, poids du religieux, viol, excision sont passés au tamis d’une écriture et d’une mise en scène si naïves et scrupuleuses qu’elles se retournent contre le film. Maintenir hors champ la violence masculine, pour ne pas braquer le public concerné, et montrer celle à laquelle les femmes, acculées, finissent par avoir recours dessert le propos. N. S.

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♥♥ Any Day Now

Drame finlandais par Hamy Ramezan, avec Aran-Sina Keshvari, Shahab Hosseini, Shabnam Ghorbani (1h22).

Famille aimante exilée d’Iran en Finlande, les Mehdipour voient leur demande d’asile rejetée. Hamy Ramezan, qui a fui la guerre Iran-Irak et traité de la bureaucratie à laquelle sont confrontés les migrants dans un documentaire précédent, laisse planer une menace de plus en plus précise mais s’attache surtout à Ramin, 13 ans, premières amours, âneries de son âge et jeux d’enfants. Si les personnages secondaires manquent d’épaisseur, si la Finlande apparaît comme un éden, on se laisse embarquer par la dignité de ce clan espiègle, ses danses silencieuses (surtout ne pas faire de bruit), le jeu des acteurs et la force tranquille de ce drame paisible, donc d’autant plus terrible, sur le temps compté. Sophie Grassin

♥♥ Ham on Rye

Comédie dramatique américaine par Tyler Taormina, avec Haley Bodell, Audrey Boos, Gabriella Herrara (1h26).

Bande annonce "Ham on Rye"

Bizarroïde film : un teen movie traité comme s’il était tourné en 16 mm dans les années 1960. Lors d’une soirée dans un patelin très « Middle America » (on pense à David Lynch), les ados se rassemblent et espèrent un avenir moins fade que celui qu’on leur propose. Petites saynètes : un gamin panique, un autre semble s’endormir, deux filles bavardent, un type jette un cochonnet en plastique, la jeunesse s’évapore et l’âge adulte est terne. Quelque part entre Gus Van Sant et « Alice’s Restaurant », sans ligne dramatique claire mais avec une poésie lunaire étonnante, et ça fait un bien fou. F. F.

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♥♥ Un endroit comme un autre

Drame anglais par Umberto Pasolini, avec James Norton, Daniel Lamont, Eileen O’Higgins (1h36).

Sachant sa fin venir, un jeune père célibataire, accompagné de son fils de 3 ans, rencontre différentes familles auxquelles il pourrait confier sa progéniture. On craint le mélodrame et son robinet lacrymal. Mais le cinéaste italien épure, sans l’assécher, cette tragédie. Il s’autorise même quelques belles digressions sociales (le héros est laveur de vitres) et humoristiques. La mise en scène est d’une sobriété salutaire, relayée par la prestation impeccable de James Norton qui prend sous son aile le petit Daniel Lamont, dont le charisme naturel est ravageur. X. L.

À LIRE

♥♥♥ La Leçon de cinéma

Par François Truffaut, édition établie par Bernard Bastide. Denoël, 272 p., 28 euros.

Depuis 1981, cette série d’entretiens avec Truffaut gisait dans les archives de TF1. Les voici transcrits sur le papier, sur le modèle des conversations avec Hitchcock. Depuis « les Mistons » jusqu’à « la Femme d’à côté », Truffaut commente ses choix, se moque de ses erreurs, partage ses enthousiasmes. C’est une voix amicale, chaleureuse, cultivée qu’on redécouvre ici, et les nombreuses photos, souvent inédites, ressuscitent un homme qui, aujourd’hui, nous manque. F. F.

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♥♥ Où est Anne Frank !

Dessin animé israélien par Ari Folman (1h39).

Curieuse idée, de raconter Anne Frank, l’une des plus célèbres victimes de la barbarie nazie, en dessin animé. Ari Folman (« Danse avec Bachir ») suit une jeune fille nommée Kitty, amie imaginaire d’Anne Frank, qui interroge l’époque contemporaine : la crise des réfugiés n’est-elle pas la négation du souvenir ? Entre le passé et le présent, ce film, destiné aux enfants, fait des allers et retours parfois déconcertants. Mais la résurgence de l’antisémitisme et la montée des nationalismes donnent pertinence à cette quête. Anne Frank, plus que jamais, ne doit pas être oubliée. F. F.

♥♥♥ Au cœur du bois

Documentaire français par Claus Drexel (1h30).

Adossés à un arbre ou réfugiés dans une caravane, à la lumière du jour ou protégés par la nuit obscure, ils et elles se prostituent dans le bois de Boulogne. Certain(e) s sont là depuis longtemps. D’autres débutent dans le métier, jurant que c’est temporaire. Claus Drexel est allé à leur rencontre, les invitant à raconter leur vie face caméra. A sa manière. Sans pathos ni apitoiement. Sa caméra raconte des destins malmenés ou des choix de vie assumés sans honte. Un film frontal, qui estompe tout jugement et respecte superbement la parole recueillie. Comme dans son précédent et excellent « Au bord du monde », il ose rendre beau un monde interlope, sans le trahir ni le rendre pittoresque, le restituant, avec émotion et parfois humour, dans son authenticité. X. L.

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♥♥ Nudo Mixteco

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Drame mexicain par Angeles Cruz, avec Sonia Couoh, Noé Hernandez, Myriam Bravo (1h31).

C’est la fête à San Mateo, petit village mexicain. Trois femmes se forgent un destin, l’une revenue pour la cérémonie funèbre de sa mère, l’autre en faisant face à son ex-époux, la dernière en plongeant dans son propre passé. Premier film d’Angeles Cruz, comédienne, qui aborde de front le conflit entre la tradition et la modernité, entre le monde urbain et celui de la ruralité, entre les hommes et les femmes. En filigrane : la violence sexuelle, le poids du machisme, la quête de la fierté. Chaque histoire est émouvante, mais la troisième, celle de Tona qui essaie de protéger sa fille d’un viol, est la plus marquante. Film modeste, film fort, parfois mal maîtrisé, mais, d’évidence, film de conviction profonde. F. F.

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