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Dans le premier long-métrage de Cécile Ducrocq, l’actrice s’impose avec son personnage de prostituée prête à tout pour ménager un avenir à son fils.

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Marie (Laure Calamy) dans « Une femme du monde », de Cécile Ducrocq. Marie (Laure Calamy) dans « Une femme du monde », de Cécile Ducrocq.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Premier long-métrage de Cécile Ducrocq, Une femme du monde prend possession d’un territoire que l’on connaît bien, celui d’un naturalisme francophone contemporain à la fois documenté et engagé. Un genre qui aura trouvé son assomption artistique dans l’œuvre des frères Dardenne, avec l’inoubliable Rosetta (1999) – caméra rivée sur une héroïne déclassée luttant corps et âme pour s’en sortir. Louise Wimmer (2012), de Cyril Mennegun, ou Party Girl (2014), de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, en furent, côté français, de remarquables prolongements. Voie royale dans les années 1990, cette approche, sans doute usée par des épigones qui l’ont transformée en formule, s’est depuis quelque peu émoussée.

C’est dans le sillage visible des films cités que se situe Une femme du monde, comme eux, par surcroît, localisé dans l’est de la France. Laure Calamy y incarne une prostituée comme dans La Contre-allée (2014), précédent court-métrage de la réalisatrice, récompensé par un César en 2016. Le film commence dans une chambre de passe de Strasbourg : « Bienvenue, tu peux mettre tes affaires là. Trente-cinq euros, j’enlève le haut, 60 euros, une position. » Le tout filmé comme une affaire assez banale entre la vendeuse de ses propres charmes et le client ordinaire, non sans douceur mais avec la distance et le professionnalisme qui convient. Sinon elle s’appelle Marie. Elle est jolie. Elle est seule. Et elle rame avec son adolescent de fils, Adrien, révolté mutique, qui vient d’être viré de l’établissement où il préparait un BTS de cuisinier.

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Aussi bien Une femme du monde n’est pas un film sur la prostitution, qui n’y est jamais qu’un moyen de ne pas couler, mais sur le sacrifice d’une mère pour le bien-être et l’éducation de son fils, seule fin considérée par l’héroïne, combat total de sa vie. Elle décide donc de l’inscrire dans une école de cuisine réputée, quoi qu’il en coûte. Et il lui en coûtera cher puisque le prix exigé dépasse ses capacités financières.

Cercle infernal

On tient ici le ferment néoréaliste d’une intrigue qui traverse aussi les rouages de notre société. Comment payer à son enfant de bonnes études quand on ne gagne pas suffisamment sa vie ? Les proches n’ont pas d’argent non plus. La banque refuse de prêter aux prostituées. La conseillère d’orientation préconise une voie de garage. L’école privée ne concédera pas le moindre crédit.

Il reste à se vendre, davantage encore, pour arracher la somme nécessaire dans le délai imparti. Rien moins que 9 000 euros. Le ressort dramaturgique du film se construit sur ce défi. Marie va tout tenter pour le relever. Multiplier les passes, renoncer à son indépendance, s’aliéner à un bordel transfrontalier en Allemagne et y subir la loi d’airain de la concurrence sauvage entre filles, la loi des plus jeunes qui n’ont d’autres choix que d’aller le plus loin possible, les coups bien tordus, les clients sadiques, la férule d’une mère maquerelle qui tient de l’adjudant-chef.

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