Culture Cinéma

Le cinéaste américain signe une nouvelle adaptation du chef-d’œuvre de Robert Wise sombre et peu convaincante.

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Anita (Ariana DeBose) et Bernardo (David Alvarez), au premier plan, dans « West Side Story », de Steven Spielberg. Anita (Ariana DeBose) et Bernardo (David Alvarez), au premier plan, dans « West Side Story », de Steven Spielberg.

L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS

Curieux projet que de porter à nouveau à l’écran une comédie musicale dont il existe déjà une version cinématographique considérée comme canonique dans l’histoire du genre, et à l’aune de laquelle, sauf le respect qu’on doit au grand talent de Steven Spielberg, on s’expose à être inéluctablement jugé. Le spectacle initial fut créé par le compositeur Leonard Bernstein, le parolier Stephen Sondheim et le librettiste Arthur Laurents sur la scène de Broadway en 1957, dérivé du Roméo et Juliette de William Shakespeare. Mais c’est le film qu’en a tiré le prolifique Robert Wise en 1961 – avec Natalie Wood, Richard Beymer et George Chakiris – qui a déterminé le succès mondial de l’œuvre (en France, le titre est resté quatre ans à l’affiche lors de sa sortie).

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Pourquoi s’attaquer à une telle montagne ? Hommage à l’œuvre ? Nostalgie de ses jeunes années ? Volonté de la rendre accessible aux jeunes générations ? Ambition de se mesurer à un mythe ? Sans doute un peu de tout cela. Avouons toutefois que nous sommes sortis des deux heures trente de ce spectacle avec le sentiment que le film n’apportait aucune réponse satisfaisante à ces questions.

Rappelons l’intrigue de ce classique. Dans un bas-fond de New York promis à la destruction, deux gangs s’affrontent en se disputant ce dérisoire territoire. Les Jets, natifs du cru et ratés de la réussite économique, et les Sharks, latinos portoricains récemment installés qui leur en contestent la possession. Tony, l’un des fondateurs des Jets, qui s’est mis sur la touche, tombe éperdument amoureux de Maria, qui n’est autre que la sœur de Bernardo, le leader des Sharks. Cette liaison envenime la haine entre les deux bandes. Et sera fatale aux principaux protagonistes de l’histoire, en vertu d’un engrenage où la stupidité le dispute à la fatalité.

Vernis numérique rutilant

Il y a là, en vérité, tout un réseau de motifs organiquement liés aux années 1960 : le début de la gentrification de New York, la prise de conscience des ratés du melting-pot, la dénonciation du racisme et de la violence. Et jusqu’à l’espoir que cette situation puisse être réversible. Sans doute, alors que ces maux ont empiré, Spielberg confère-t-il à l’œuvre une tonalité plus sombre. Voyez les deux Bernardo : George Chakiris était chez Wise la personnification d’une grâce élégante et vénéneuse ; David Alvarez, chez Spielberg, incarne la malfaisance obtuse d’un boxeur bas du front.

De même, la réconciliation finale des deux bandes rivales sur le cadavre de Tony prend-elle chez l’auteur de Duel (1971) une dimension résolument sépulcrale. Loin de l’équilibre précaire – entre mort et vie, stylisation déréalisante et engagement social, inquiétude et fantaisie – qui faisait l’originalité vitaliste du film de Robert Wise, celui de Steven Spielberg est embaumé par la mélancolie contemporaine. Le vernis numérique rutilant qui fige les textures et les chairs, la facture synthétique qui le fait ressembler à un dessin animé, le changement constant d’échelle dans les prises de vue hachant menu le déroulement des chorégraphies, la caméra en perpétuelle démonstration de maîtrise manquant ipso facto ce qu’il importerait de cadrer, l’anachronisme de toute cette entreprise, enfin, contribuent à freiner considérablement l’enthousiasme.

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