Culture Cinéma

Le documentaire du jeune réalisateur français, primé au Festival de Lussas en 2020, suit les élèves de la Stax Music Academy avec un regard attentif en tenant le pathos à distance.

Article réservé aux abonnés

Deux étudiantes de la Stax Music Academy dans le documentaire « Soul Kids », d’Hugo Sobelman. Deux étudiantes de la Stax Music Academy dans le documentaire « Soul Kids », d’Hugo Sobelman.

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

A Memphis, une des villes les plus sinistrées des Etats-Unis, une école de musique extrascolaire accueille gratuitement des adolescents issus de milieux défavorisés pour leur permettre d’obtenir des bourses d’études universitaires à la suite de leur formation. Fondé en 2000 sur l’héritage du label Stax Records qui accompagna la lutte pour les droits civiques en propulsant dans les années 1960 les carrières d’Otis Redding, Sam & Dave et Booker T. and  the M.G.’s entre autres, le programme étroitement lié au Stax Museum of American Soul Music dispense un enseignement de haut niveau. Filmée sans star ni podium, la Stax Music Academy (SMA) ne partage pas grand-chose avec la Star Academy.

En donnant son temps à la musique, Hugo Sobelman plonge dans les cœurs et les pensées du futur de la soul

Dans l’œil curieux et enthousiaste du documentariste français Hugo Sobelman, à peine plus âgé que les élèves de la SMA frais comme des gardons, les reprises a cappella des grands standards de la soul du Sud bousculent les sorties de collège désœuvrées et suscitent une émotion bouillonnante et moins convenue que n’importe quel plateau de télévision. Glissant d’une salle de répétition à l’autre, d’un bus scolaire à un terrain de basket, le film cultive de visage en visage, un goût pour l’improvisation, prêt à se laisser guider par le tourbillon des interprétations joyeuses de Born Under a Bad Sign et Send Peace and Harmony Home. Attentif au talent de ces teenagers élevés au gospel, Sobelman ne hiérarchise pas, portant une attention particulière aux petits groupes où circulent l’énergie, la foi et les rêves. En donnant son temps à la musique, il plonge dans les cœurs et les pensées du futur de la soul.

Eveiller la conscience des élèves

« It’s a long walk to D.C. », chante Christina, en basculant d’un pied sur l’autre, dans une reprise encore timide des Staple Singers, sans trop savoir de quoi il s’agit. Comme souvent, il y a ces moments où les tubes de la soul ouvrent la voie au récit de l’histoire noire américaine : « Je crois que ça a un rapport avec la grande marche sur Washington… », se lance-t-elle avant de reprendre, habitée par la mémoire des anciens qui parcoururent des kilomètres pour écouter, ce 28 août 1963, le discours de Martin Luther King, I have a dream.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Mavis Staples, voix sacrée de la protestation (édition abonnés)

Une des prises de parole les plus étonnantes revient à Chandra Williams, directrice d’un centre culturel dans le Mississippi. A l’heure où le rap accompagne la vie des jeunes et pulvérise les records de téléchargements, elle scande les vers d’un poème de son cru pour éveiller la conscience des apprentis artistes, aussi perplexes que séduits : « Notre image de gangster remplit les prisons, et ces prisons privées sont les nouveaux champs de coton, mais c’est le jeu auquel nous avons joué, lorsque nous avons signé en maison de disques, en rappant aux enfants : voler, dealer, mourir. »

Il vous reste 34.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.

Découvrir les offres multicomptes

Parce qu’une autre personne (ou vous) est en train de lire Le Monde avec ce compte sur un autre appareil.

Vous ne pouvez lire Le Monde que sur un seul appareil à la fois (ordinateur, téléphone ou tablette).

Comment ne plus voir ce message ?

En cliquant sur «  » et en vous assurant que vous êtes la seule personne à consulter Le Monde avec ce compte.

Que se passera-t-il si vous continuez à lire ici ?

Ce message s’affichera sur l’autre appareil. Ce dernier restera connecté avec ce compte.

Y a-t-il d’autres limites ?

Non. Vous pouvez vous connecter avec votre compte sur autant d’appareils que vous le souhaitez, mais en les utilisant à des moments différents.

Vous ignorez qui est l’autre personne ?

Nous vous conseillons de modifier votre mot de passe.