« Seuls sont les indomptés », le film que Kirk Douglas considérait comme son meilleur

Il y a 1 mois 32

On croirait, dans un troublant noir et blanc, le prologue d’un western de John Ford. Au milieu d’une étendue aride et rocailleuse, un cow-boy solitaire s’accorde un bref repos. C’est Kirk Douglas, visage cuivré et pas rasé. A ses côtés, une jument quarter horse à la robe palomino, appelée Whisky, dont il a entravé les pieds pour qu’elle ne s’échappe pas. Avant de la seller et partir pour de nouvelles aventures, Kirk Douglas, alias Jack, soulève son chapeau et lève la tête vers le ciel, strié par les traînées blanches et rectilignes de deux avions à réaction.

Un plan en contre-plongée suffit à nous faire basculer de la seconde moitié du XIXe siècle à celle du XXe. Jack, vacher itinérant, ne vit pas au temps d’Abraham Lincoln, mais à l’époque, qu’il récuse, du président Kennedy. Comme sa jeune et fougueuse jument au sang chaud, il n’accepte pas le monde moderne. La traversée d’une autoroute tourne au cauchemar. Whisky se cabre, affolée, devant les Chevrolet et les Pontiac, dont les conducteurs se demandent, en klaxonnant, de quel lointain Far West ce cow-boy empoussiéré est le rescapé.

Kirk Douglas, dernier grand monstre sacré d’Hollywood, est mort

Entre le western d’antan et le polar de demain

Ce n’est que le début. Jack provoque ensuite une bagarre dans un bar aux allures de saloon, s’arrange pour être incarcéré dans la prison où croupit son vieux copain Paul. Non seulement il ne lui en veut pas d’avoir épousé la femme qu’il aimait (Gena Rowlands), mais il va aussi s’employer à le faire évader. Paul refuse, il aspire à une libération dans les règles. Jack a moins de scrupules. Il s’enfuit au triple galop, se cache dans les montagnes, direction le Mexique. La police le pourchasse en 4x4 et en hélicoptère. Flics surarmés contre cow-boy périmé. On pense au massacre, en juin 1940, de la cavalerie française par les blindés allemands, dans « la Route des Flandres », de Claude Simon.

C’est d’un autre roman, signé Edward Abbey, que David Miller a tiré, en 1962, « Seuls sont les indomptés » (réédité chez Sidonis, 20 euros). Un film puissant et poignant, à cheval (au sens propre) entre le western d’antan et le polar de demain, que Kirk Douglas a joué, produit, porté de bout en bout et qu’il considérait comme son meilleur. Du moins est-il le plus ressemblant. Ce Jack, chez qui se confondent utopie et nostalgie, c’est lui, au mitan de sa vie. Après avoir tourné dans les westerns de Raoul Walsh, Howard Hawks ou John Sturges, il range sa Winchester et s’offre au nouveau cinéma. Il est mort le 5 février 2020, à 103 ans, mais sans avoir jamais cessé d’être un indompté.

« Le Gang de la clef à molette », le livre-culte d’Extinction Rebellion

Paru dans « L’OBS » du 4 mars 2021.

Lire la Suite de l'Article