Culture Cinéma

Le documentariste, qui prépare un film sur un centre psychiatrique, raconte comment il travaille, en dépit de la pandémie de Covid-19.

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Nicolas Philibert chez lui, à Paris, le 7 janvier. Nicolas Philibert chez lui, à Paris, le 7 janvier. LUDOVIC CARÈME POUR « LE MONDE »

Nicolas Philibert, 70 ans, est une figure tutélaire du documentaire en France après quarante ans d’activité dans le domaine. A toutes fins utiles, un rappel de son parcours pour la route. Démarrage en 1978 avec La Voix de son maître, coréalisé avec Gérard Mordillat, entretien avec douze grands patrons de l’époque et chronique discrète de la mutation capitaliste en cours, pas suffisamment toutefois pour n’être pas censurée durant treize ans.

C’est toutefois La Ville Louvre, plongée dans les coulisses du musée auprès du petit peuple œuvrant à la précaire éternité de l’art, qui introduit, en 1990, à la vraie manière du cinéaste. Moins directement politique, plus modeste et plus ample à la fois, insolite et poétique, soucieuse du fait collectif et du bien commun, œuvrant aux franges du monde pour en retrouver le centre.

Dès lors, les chefs-d’œuvre tombent. Le Pays des sourds (1992), Un animal, des animaux (1994), La Moindre des choses (1996), Etre et avoir (2002)… Le dernier nommé, documentaire sur une classe unique d’une école primaire du Puy-de-Dôme, emporte le suffrage attendri et républicain de deux millions de spectateurs – du jamais-vu en documentaire –, et fait de Nicolas Philibert un phénomène.

Quel heureux miracle pour ce cinéaste qui n’aime rien tant que baguenauder à la rencontre de ses sujets, et qui ambitionne tout au plus, selon une de ses expressions favorites, de « programmer le hasard ».

C’est donc à grands flots que l’humour, la fantaisie, la microfiction, le saugrenu, le fantastique, l’utopie – en un mot l’émotion – entrent dans l’œuvre de cet artiste du réel. Et c’est comme par mégarde, sous un regard et avec des personnages toujours décentrés, que des vérités premières, essentielles, frappent depuis ses films droit au cœur des spectateurs.

Coup du hasard

Citant Julien Green, qui disait écrire ses livres « pour savoir ce qu’il y aurait dedans », Nicolas Philibert continue d’adopter cette devise au cinéma, Covid ou pas Covid. Son dernier film en date, encore un coup du hasard, s’intitulait De chaque instant (2018) et était tourné dans un institut de formation en soins infirmiers. S’y inscrivait en filigrane, pour reprendre les mots du réalisateur, « la transformation de l’hôpital en usine, le sort des soignants comme des patients, soumis au principe de rentabilité ». On en constate aujourd’hui les effets amers à la défaveur de la crise sanitaire, les hommes tenant la place des pots cassés.

De quoi mentalement tanguer, ce pour quoi, peut-être, Nicolas Philibert a pris la direction régulière, depuis quelques mois, du quai de la Rapée, dans le 12e arrondissement de Paris, où est accostée la péniche de l’Adamant, centre psychiatrique de jour dépendant des hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne).

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