Culture Cinéma

Mahamat-Saleh Haroun filme avec pudeur et finesse le tabou de l’avortement à travers l’histoire tragique d’une jeune fille qui se retrouvre enceinte à 15 ans.

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Amina (Achouackh Abakar Souleymane) dans « Lingui, les liens sacrés », de Mahamat-Saleh Haroun. Amina (Achouackh Abakar Souleymane) dans « Lingui, les liens sacrés », de Mahamat-Saleh Haroun.

L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER

Depuis son documentaire, Bye Bye Africa (1999), Mahamat-Saleh Haroun – né au Tchad en 1961, installé en France il y a quarante ans – fait œuvre cinématographique du pays (et du continent) qui l’a vu naître. Une orientation qui a valeur d’engagement pour le réalisateur dont le travail tend à inclure l’histoire présente de l’Afrique noire dans la marche du monde. Ainsi a t-il donné une portée universelle aux déchirements du Tchad (en proie depuis son indépendance en 1960 à une éternelle guerre civile), par la voix intime des personnages qu’il a mis en scène dans Abouna (2002), Daratt, saison sèche (2006), Un homme qui crie (2010).

Dans Lingui, les liens sacrés, son neuvième long-métrage (en compétition officielle à Cannes en juillet), Mahamat-Saleh Haroun, poursuit son ambition. Elle s’inscrit dans le titre. Car si les liens sacrés dont il est question s’appliquent d’abord aux deux héroïnes du film, ils désignent aussi la relation qui, par-delà les frontières, nous unit à elles. A travers l’histoire d’Amina (Achouackh Abakar Souleymane) et de Maria (Rihane Khalil Alio), le cinéaste tend un fil supplémentaire à l’union des peuples, faisant entendre de son pays un nouvel écho dont le bruit nous est familier. Un écho d’autant plus proche qu’il entre en résonance, par les hasards du calendrier, avec un autre film sorti le 24 novembre, dans les salles, L’Evénement, d’Audrey Diwan, relatant l’avortement clandestin d’une jeune fille, dans les années 1960, en France.

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De nos jours, à N’Djamena, capitale du Tchad, Amina élève seule sa fille, Maria, 15 ans, qu’elle tient à envoyer au lycée afin de lui offrir une vie meilleure que la sienne. Fille-mère – statut qui l’a exclue de sa famille et reléguée en marge de la société –, Amina s’est toujours débrouillée seule. La sueur coulant le long de ses tempes, que montre le plan d’ouverture du film, dit la dureté du travail qu’elle effectue chaque jour : le dépeçage de pneus usagés afin de récupérer les fils métalliques qui lui serviront à tresser de petits fourneaux. Ces gestes du quotidien, les trajets de la maison aux places de marché où la jeune femme se rend pour vendre ses ustensiles, délimitent un espace dénué d’horizon auquel Mahamat-Saleh Haroun adjoint des lignes géométriques. Fenêtres, portes, pans de mur ou de rideau structurant rigoureusement le cadre, au point qu’il semble impossible que puisse y surgir le moindre imprévu.

Héroïnes du quotidien

Il s’annonce pourtant dans le comportement de Maria qui se met à refuser tout contact avec sa mère. Avant de surgir au détour d’une phrase : la jeune fille est enceinte et pour cette raison a été renvoyée du lycée. Maria ne veut pas garder l’enfant. Seulement, au Tchad, l’avortement est interdit par la loi et condamné par les autorités religieuses. Amina, d’abord anéantie, se ressaisit et entreprend les démarches nécessaires pour venir en aide à sa fille : trouver un médecin qui accepte l’intervention, réunir l’argent qu’il faut pour le payer (un million de CFA, soit 1 500 euros), contourner les obstacles qu’incarnent, autour d’elle, les hommes – l’imam soupçonnant le mensonge, le voisin qui la surveille.

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