Culture Les envies du Monde

Chaque mercredi dans « La Matinale », les journalistes de la rubrique culture du « Monde » livrent leurs critiques des films à découvrir en salle.

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LA LISTE DE LA MATINALE

Une semaine riche avec l’adaptation du roman d’Annie Ernaux sur l’avortement clandestin, un biopic réussi sur NTM, un autre signé Ridley Scott sur l’empire Gucci, ou encore le film intimiste de Sharunas Bartas sur des résistants en Lituanie pendant la seconde guerre mondiale.

A ne pas manquer

« L’Evénement » : au temps des faiseuses d’anges

A côté de « l’heureux événement », expression qui renvoie à la naissance d’un enfant, il y a L’Evénement : un simple mot, neutre, titre du roman d’Annie Ernaux dans lequel l’écrivaine raconte son avortement clandestin, réalisé en janvier 1964, à l’âge de 23 ans (Gallimard, 2000). En adaptant L’Evénement au cinéma (Lion d’or à la Mostra de Venise), Audrey Diwan signe un film à la beauté âpre et nerveuse. La réalisatrice française d’origine libanaise, née en 1980, garde la veine naturaliste du « journal » d’Annie Ernaux, la caméra sur l’épaule collant à la nuque d’Anne (Anamaria Vartolomei).

Pensionnaire, Anne rentre chez elle le week-end, mais elle ne dit rien de sa situation, ni à sa mère, patronne de bar (Sandrine Bonnaire), ni à son professeur de littérature (Pio Marmaï). Avorter, c’est prendre le risque de finir en prison. Dans le film, l’interruption volontaire de grossesse – qui sera autorisée en France en 1975 – ne fait pas réellement débat. La mise en scène surligne le silence qui engloutit Anne. L’actrice franco-roumaine Anamaria Vartolomei incarne avec urgence et retenue cette jeune femme à double-fond, sérieuse et jouissive, cadenassée mais déterminée à vivre sa vie.

Au roman d’Annie Ernaux, Audrey Diwan ajoute l’évocation de l’atmosphère faussement yéyé des années 1960, où le sexe rime avec la peur d’une grossesse pour les filles. La peinture de cette jeunesse frustrée constitue la toile de fond de ce drame dont l’intensité va crescendo, jusqu’à l’avortement (Anna Mouglalis dans le rôle de la faiseuse d’ange), dont la réalité brute nous est livrée avec une sidérante précision documentaire. Clarisse Fabre

Film français d’Audrey Diwan. Avec Anamaria Vartolomei, Luana Bajrami, Louise Orry-Diquero, Kacey Mottet-Klein (1 h 40).

« Suprêmes » : rime avec NTM

Il y a un écueil quasiment inévitable pour qui entreprend un biopic : celui de rigidifier son sujet, de le faire entrer de force dans une narration trop étriquée pour lui. Ce piège de la reconstitution est encore plus menaçant lorsqu’il s’agit de faire entrer dans un film un phénomène aussi fiévreux que l’émergence du mouvement hip-hop français, et la déflagration que fut l’apparition du groupe Suprême NTM dans le paysage musical, à la fin des années 1980.

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