Humour potache, débauche de moyens et séquences cultes : les folles années Canal du Festival de Cannes

Il y a 1 mois 44
Sharon Stone escortée par Antoine de Caunes jusqu’au plateau de « Nulle part ailleurs », en 1995, à Cannes. Michel Denisot, lors du Festival, en 1991. Et Philippe Gildas et Antoine de Caunes (de dos) sur le plateau de l’émission, en 1992. Collage Camille Durand/M Le magazine du Monde. D’après Photos Pool Gabriele/Gamma Rapho. Xavier Lahache/Canal Plus. Pierre Schwartz/Canal Plus. Frédéric Piau/Bestimage Par Maroussia Dubreuil

Publié aujourd’hui à 01h12

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RécitPendant vingt-huit ans, de 1993 à 2021, Canal+ fut la chaîne officielle de la grand-messe du septième art. Un mariage sous le sceau de l’impertinence et du glamour, pour le meilleur et pour le pire. Aujourd’hui, c’est au tour de France Télévisions et du jeune média Brut d’être la vitrine de l’événement qui démarre le 17 mai.

Un soir de mai 1995, aux alentours de 20 heures, à Cannes. Une forte détonation retentit sur la Croisette. Le ballon publicitaire d’Europe 1, installé sur le toit de l’hôtel Martinez, vient d’éclater. On a tiré en plein cœur sur le slogan « Europe 1, c’est la pêche ! », provoquant un départ de feu sur la terrasse du palace. A l’étage du dessous, Jeanne Moreau, chancelante, sort sur son balcon. Le regard vers le ciel, une main sur le cœur, elle croit que sa dernière heure est arrivée.

En contrebas, sur le plateau de « Nulle part ailleurs » (« NPA »), José Garcia et Antoine de Caunes ouvrent grand leurs yeux, comme deux enfants qui viennent de comprendre que le sketch qu’ils ont fomenté avec un artificier est en train de mal tourner. « Je vais aller en taule à cause de vous, hurle Patrick Scicard, le directeur du Martinez. Utilisation d’explosif pendant une manifestation publique, je vais en prendre pour dix ans ! Faut arrêter les conneries ! » Depuis que « NPA » est arrivée sur la Croisette, les pompiers la regardent quotidiennement, prêts à répondre à n’importe quelle situation d’urgence.

Cela fait deux ans que Canal+ est devenue la chaîne officielle du Festival de Cannes. Une vitrine chiquissime pour accompagner une success story : en 1992, avec 3,7 millions d’abonnés en France et plus de 1,6 à l’international, la chaîne cryptée a réalisé 1,2 milliard de francs de bénéfice net. En comparaison, celui de TF1 plafonne à 450 millions de francs. Canal+ vient aussi de déménager ses 1 247 salariés dans un nouveau siège de 45 000 mètres carrés en lisière du nouveau parc André-Citroën, dans le 15e arrondissement de Paris.

Gilles Jacob, le délégué général du Festival de Cannes, sait que cette chaîne dont tout le monde parle – « Et toi, t’as Canal ou t’as pas Canal ? » – peut l’aider à se démarquer de ses deux grands concurrents, la Mostra de Venise et la Berlinale, à Berlin. En 1993, la chaîne du cinéma est donc choisie pour produire et diffuser en exclusivité les cérémonies d’ouverture et de clôture, à hauteur de 5 millions de francs chacune. « Cela aurait pu être davantage mais Pierre Viot, le président du Festival, un ancien de la Cour des comptes, m’a demandé de calmer mes appétits, de peur que les pouvoirs publics réduisent notre dotation », explique Gilles Jacob, qui fera par la suite grimper l’addition.

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L’idylle entre Canal+ et le Festival durera vingt-huit ans, jusqu’à ce que la « télé pas comme les autres » s’efface en 2022. Le 23 novembre 2021, France Télévisions et le média numérique Brut ont remporté le nouvel appel d’offres avec une contribution financière supérieure de 250 000 euros à celle de la chaîne détenue par Vincent Bolloré, ainsi que la promesse d’allumer un feu d’artifice sur tous les écrans.

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