House of Gucci, Au crépuscule, Suprêmes… Les films à voir ou à éviter cette semaine

Il y a 2 semaines 27

Un fait divers sur papier glacé, un drame du communisme réfrigérant et les débuts enflammés de NTM… Découvrez la sélection cinéma du Figaro.

À voir

House of Gucci , un biopic de Ridley Scott, 2h37

Sur des airs d'opéra et des tubes disco, Ridley Scott déroule le roman d'une famille, brosse une fresque luxueuse, observe au microscope les noces du capitalisme et de la beauté. Les affaires ont leurs lois. Cela finit par un assassinat. Le rouge Gucci sera celui du sang. Le réalisateur transforme un fait divers en une sombre tragédie, un ballet de haines et de jalousies. L'oncle (génial Al Pacino, roublard comme ça n'est pas permis) trafique ses déclarations d'impôts. Le cousin (Jared Leto, méconnaissable) se prend pour un artiste, malgré une évidente absence de talent. Il y aura des broutilles, des capitaux étrangers. L'épouse délaissée fricotera avec une voyante. On suit cette saga comme on feuilletterait de vieux numéros de Vogue tâchés d'hémoglobine. La richesse éclate à chaque plan. (...) Lady Gaga joue la demoiselle perdue d'avidité avec une jubilation communicative. Elle a du bagout. Au bout d'un moment, elle horripile l'excellent Adam Driver, en nœud papillon ou col roulé, qui va bientôt voir ailleurs (en l'occurrence, Camille Cottin, en passe de doubler Léa Seydoux et Marion Cotillard à Hollywood). Il trimballe sa longue silhouette dégingandée avec une grâce fitzgeraldienne, monte dans une Lamborghini comme il enfilerait une paire de mocassins griffés. (...) Le film a quelque chose de glacé, de vénéneux. On est entre Les Damnés, Shakespeare et Succession. É. N.

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Au crépuscule , un drame historique de Sharunas Bartas, 2h08

Au cœur d'une Lituanie occupée par l'Armée rouge au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en 1948, le général Hiver fait peser de toute sa puissance muette le couvercle de la répression économique, politique et militaire. (...) La dureté du climat n'a d'égal que la beauté des images de Bartas. À quelques kilomètres, dans la plaine, un propriétaire terrien roué et menteur tente de survivre au joug communiste. Patriarche redouté, Jurgis Pliauga (Arvydas Dapsys) soutient mollement les partisans. Celui qui a autrefois adopté le jeune Unte (Marius Povilas, excellent) voit l'étau de son petit royaume se resserrer lorsque l'armée soviétique débarque dans sa bâtisse cossue pour lui demander de céder quelques hectares de ses terres aux autres paysans du village. (...) À peine sorti de l'enfance, Unte découvre les horreurs de la guerre, l'ambiguïté de l'âme humaine et la gangrène des passions secrètes qui assombrissent son pays meurtri. (...) Ce qui force le respect dans le cinéma de Sharunas Bartas, c'est sa manière de filmer sa terre lituanienne. Bartas n'a pas peur de prendre son temps. Il impose ses fulgurances poétiques au risque de l'ennui. Par des jeux de lumière, avec des lanternes, des bougies ou des halos de clarté, il signe un film très pictural, au cadre apaisé alors qu'en son cœur y bouillonne une intrigue brûlante. O. D.

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Suprêmes , un biopic musical d'Audrey Estrougo, 1h52

Suprêmes s'attache à une des plus belles success-stories du genre : celle qui a vu JoeyStarr et Kool Shen partir de Saint-Denis afin de conquérir la France entière au sein de NTM. L'énergie et l'enthousiasme du film sont communicatifs. L'époque est croquée avec gourmandise par la réalisatrice, Audrey Estrougo. Le film s'attache aux premières années de NTM. Une véritable épopée, riche en personnalités hautes en couleur. (...) Loin d'être une stricte recension des événements de l'époque, le film prend des libertés avec la chronologie, saupoudrant des anecdotes essaimées au gré de la carrière du groupe. Les scènes live sont de loin les plus réussies, traduisant à merveille l'électricité de NTM, grand groupe de scène. L'amateurisme des deux leaders est touchant, comme la patience de leur entourage. Les deux comédiens qui incarnent Kool Shen et JoeyStarr sont très convaincants. Si le film ne fait qu'aborder la question des retrouvailles de ce dernier avec sa maman, la personnalité du bonhomme affleure à chaque plan. Une évocation finalement sensible d'une période qui appartient à l'histoire. O. N.

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L'Événement , un drame d'Audrey Diwan, 1h40

Audrey Diwan, journaliste, romancière, coscénariste notamment des films de Cédric Jimenez, dont le viril Bac Nord, est passée derrière la caméra en 2019 avec Mais vous êtes fous. L'Événement est le récit autobiographique d'un avortement clandestin en 1963. Audrey Diwan prend quelques libertés avec le texte qui ne changent pas grand-chose. Anne est étudiante en lettres non plus à Rouen mais à Angoulême. Elle est interne et retourne le week-end chez ses parents. Sa mère (Sandrine Bonnaire) lui donne parfois un billet pour s'acheter un roman. À cette époque, en France, on étudie les poèmes d'Aragon dans les amphithéâtres. Plus grave, la contraception n'existe pas. Le mariage ou l'abstinence. « Je suis la vierge la mieux rencardée de la planète », dit une camarade d'Anne, frustrée de ne pas pouvoir mettre la théorie en pratique. Audrey Diwan parle de cinéma « immersif », argument marketing dans l'air du temps. Son film est plus fin que ça. Il empêche de détourner le regard et cela suffit pour éprouver un peu la peur et la détresse d'une jeune fille des années 1960. Cette cohérence entre le fond et la forme, pertinente à défaut d'être d'une audace folle, a suffi pour que l'événement rafle le lion d'or à la Mostra à la barbe d'une Jane Campion (The Power of the Dog) ou d'un Paolo Sorrentino (La Main de Dieu). É. S.

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Encanto : La fantastique famille Madrigal , un film d'animation de Jared Bush et Byron Howard, 1h43

Le Disney de Noël rompt avec la tradition. Exit les princesses et les princes charmants, cette année, les enfants ont droit à un film sur une maison enchantée habitée par une famille de magiciens, au cœur d'une Colombie réinventée. Dans cet endroit merveilleux appelé Encanto, chacun des enfants a été doté d'une faculté magique… sauf Mirabel. Cette comédie musicale endiablée, qui une nouvelle fois puise son inspiration dans les légendes sud-américaines (comme Coco, il y a quatre ans) et dont les airs restent dans la tête après la séance, met en joie petits et grands. En ces temps troublés, 1 h 43 d'évasion en famille ne se refuse pas. O. D.

On peut voir

De son vivant , un drame d'Emmanuelle Bercot, 2h02

Acteur, dit-il quand on lui demande sa profession. Raté, précise-t-il avec lucidité. Le rôle étant tenu par Benoît Magimel, un de nos meilleurs comédiens, le paradoxe saute aux yeux. Alors Benjamin est professeur de théâtre. Il n'en a plus pour longtemps. (...) Il y a toujours quelque chose dans les films d'Emmanuelle Bercot. Pourtant, ils ne sont pas complètement satisfaisants. Pourquoi montrer Deneuve soulevant son fils dans ses bras comme une plume ? Quelle idée de faire soudain apparaître Cécile de France dans un halo de lumière, comme un ange de l'AP ! Bien entendu, le patient a droit à une gâterie dont on ignore si elle sera remboursée par la Sécurité sociale. On aurait pu éviter aussi la scène où le fiston débarqué des antipodes n'ose pas ouvrir la porte de la chambre où repose l'agonisant. Tout cela assez didactique, plein de bonne volonté, cherchant l'émotion. É. N.

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