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Entre comédie et huis clos érotique, le long-métrage réalisé en 1999 par Jane Campion reprend les thèmes chers à la cinéaste sur un mode inédit.

Ruth Barron (Kate Winslet) dans « Holy Smoke » (1999), de Jane Campion. Ruth Barron (Kate Winslet) dans « Holy Smoke » (1999), de Jane Campion.

TCM CINÉMA – VENDREDI 13 MAI À 20 H 50 – FILM

Aux longs-métrages de Jane Campion que Netflix propose en même temps que The Power of the Dog (Sweetie, An Angel at My Table, La Leçon de piano, Bright Star) vient s’ajouter, sur TCM Cinéma, Holy Smoke (1999), qui se distingue dans la filmographie de la cinéaste néo-zélandaise comme le clown du collège le jour de la photo de classe.

Lire aussi (en 2014) : Jane Campion, héroïne complexe

Grimaçant, burlesque, excessif, et parfois approximatif, ce film mérite néanmoins qu’on lui consacre une soirée, que l’on passera à s’émerveiller des harmonies improbables nées du duo Kate Winslet-Harvey Keitel et à repérer, sous les volutes rococo du scénario (de Jane et Anna Campion) et la mise en scène, les thèmes chers à la réalisatrice.

On dirait vraiment que Harvey Keitel a puisé dans son personnage de « Taxi Driver »

Ruth Barron (Kate Winslet) a quitté pour l’Inde la banlieue pavillonnaire de Sidney où elle a grandi. Là, elle est tombée sous le charme d’un gourou à qui elle se propose de consacrer son existence. Sous le charme ou sous l’emprise. Les parents de Ruth sont convaincus que le deuxième terme s’applique très exactement à leur fille. N’écoutant que son courage, Mme Barron part pour Delhi et, réussit, par un subterfuge grossier, à convaincre la jeune fille de regagner l’Australie.

Quelque part dans le bush, dans un paysage rougeoyant, l’attend P. J. Waters (Harvey Keitel), un « déprogrammateur » venu des Etats-Unis, qui se fait fort de ramener l’enfant prodigue dans le droit chemin au bout de quelques jours d’un huis clos que ce quinquagénaire aux allures de maquereau new-yorkais (on dirait vraiment que Keitel a puisé dans son personnage de Taxi Driver) promet intense.

Désir et domination

Entre les couleurs saturées des séquences indiennes, les silhouettes grotesques de la tribu australienne, les premières scènes de Holy Smoke relèvent de la comédie grinçante. Ce qui rend d’autant plus déconcertant le changement de registre qui s’installe au moment où le déprogrammateur et sa « cliente » prennent leurs quartiers dans une cahute isolée dans le désert.

Comme dans The Power of the Dog, le désir vient fausser la mécanique de la domination. Le psychodrame attendu cède le pas à une pavane érotique qui finira par laisser le protagoniste mâle dépourvu des attributs de sa puissance. Harvey Keitel, qui est d’abord apparu comme l’incarnation de la virilité américaine (et Jane Campion prend un malin plaisir à moquer l’adulation australienne pour tout ce qui vient de l’autre côté du Pacifique), nuance peu à peu son jeu pour craqueler le portrait de son personnage, le rendre à ses incertitudes.

Deux ans après « Titanic », Kate Winslet semble décidée a se défaire de tout soupçon de bienséance britannique

Deux ans après Titanic (entre-temps on ne l’avait vue que dans Marrakech Express, autre histoire d’expatriation mystique), Kate Winslet semble décidée a se défaire de tout soupçon de bienséance britannique. Ruth Barron est peut-être naïve, il émane en tout cas d’elle une force que les petites manipulations psychologiques du déprogrammateur ne peuvent entamer. Impérieuse et imprévisible, l’actrice convainc, malgré quelques facilités de scénario, de l’ascendant qu’exerce son personnage sur cet homme qui se faisait fort de ramener les femmes égarées au bercail.

Si l’on y ajoute un point d’exclamation, Holy Smoke ! peut s’entendre comme un juron désuet. Mais il se dégage finalement de cette vapeur sacrée un parfum entêtant qui n’a plus rien à voir avec la satire appuyée des premières séquences, qui est plutôt l’expression sensorielle de l’objet éternel du cinéma de Jane Campion, le chemin qui va du désir à l’amour.

Holy Smoke, film de Jane Campion (EU-Aus., 1999, 115 min). Avec Kate Winslet, Harvey Keitel, Pam Grier. Diffusé sur TCM Cinéma et disponible à la demande sur MyCanal.

Thomas Sotinel

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