Comment expliquer le succès massif des “Bodin’s en Thaïlande” ?

Il y a 2 semaines 22

La comédie française “Les Bodin’s en Thaïlande”, sortie mercredi 17 novembre, démarre en flèche et joue dans la cour des grands blockbusters américains avec des premiers chiffres faramineux, que personne n’avait vraiment vu venir.

On ne l’avait pas vraiment vu venir, mais Les Bodin’s en Thaïlande a réalisé ce weekend un raz-de-marée commercial, en enregistrant plus de 500 000 entrées en seulement quelques jours d’exploitation. Cette comédie, réalisée par Frédéric Forestier, est projetée dans 488 salles, un chiffre nettement inférieur aux blockbusters déjà à l’affiche comme Les Éternels, Mourir peut attendre ou encore Aline.

Ce dernier, qui atteint au bout de dix jours plus de 800 000 entrées, semblait par exemple beaucoup plus programmé pour être un succès, étant donné sa tête d’affiche, son sujet, sa campagne de promotion : si le film de Valérie Lemercier a occupé la première place du box-office la semaine de sa sortie, Les Bodin’s en Thaïlande devance le biopic cette semaine et prend ainsi la tête du classement.

Un duo qui rivalise avec Hollywood

Les Bodin’s est un duo de comiques, Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet, formé dans les années 1990 et à l’origine de plusieurs spectacles sur scène. L’un interprète Maria, une vieille dame acariâtre de 87 ans, tandis que l’autre joue son fils, un benêt vieux garçon : le duo a déjà été adapté à deux reprises en 2008 et 2010, chaque opus ne comptant pas plus de 100 000 entrées.

Entretemps, le duo a changé de réalisateur, préférant confier leur troisième volet à Frédéric Forestier, déjà millionnaire en matière d’entrées avec Astérix aux Jeux olympiques en 2008 et Stars 80 en 2012. Les premiers chiffres diffusés jeudi dernier ont donc créé la surprise quant à l’énorme succès en préparation de cette comédie, qui totalisait 107 181 entrées rien qu’en avant-premières. Dimanche 21 au soir, le film enregistrait exactement 504 727 entrées après seulement cinq jours à l’écran. À titre de comparaison, c’est presque autant que Venom: Let There Be Carnage, qui enregistrait un score de 541 032 entrées après cinq jours, pour un nombre de salles nettement supérieur, 717 contre 488 pour le film de Frédéric Forestier.

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Un public essentiellement provincial

Deuxième surprise : le film a un ratio Paris/province très net, de sorte que plus de 96 % de ses chiffres sont réalisés hors Paris, et n’est visible que dans trois salles à Paris. À l’inverse, Aline est projeté dans 30 cinémas intra-muros. Comment expliquer ce grand écart entre le public parisien et les publics en régions ? Le succès sur les planches et à la télévision participe évidemment de cette forte fréquentation au cinéma : le duo se produit dans des spectacles à guichets fermés, et est habitué de plusieurs émissions de variété, de Michel Drucker à Laurence Boccolini.

Dans un reportage signé TF1, Jean-Christian Fraiscinet déclairait que les Bondin’s sont “un peu les ambassadeurs des petites gens, et il n’y a pas tellement de films qui traitent de ça”. En effet, les personnages sont issus de la campagne profonde, l’héroïne arborant un fichu d’un autre temps et un sourire édenté. Un rapport d’identification à cette culture paysanne via le comique est donc une des clés de ce succès provincial, en plus de la fidélité du public à ces personnages détestables.

Dans un article de Marianne qui suivait l’équipe dans une avant-première, un spectateur interrogé avait répondu : “Eux, au moins, ils parlent de nous.” La grande désuétude des représentations du monde rural que met en scène le film à travers ses personnages caricaturaux ne semble donc pas empêcher l’identification d’un public contemporain.

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