Débats Cinéma

Le journaliste américain Erich Schwartzel décrit, dans un entretien au « Monde », la relation complexe qu’entretient Hollywood avec Pékin, faite de frustrations et d’incertitudes, alors que le marché chinois représente des enjeux financiers considérables.

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Voilà bientôt dix ans qu’Erich Schwartzel couvre l’industrie cinématographique pour le Wall Street Journal. Il a été le témoin privilégié de l’entreprise de séduction d’Hollywood à l’endroit de la République populaire de Chine. Pour accéder à ce marché à la croissance exponentielle (passée de 180 millions de dollars de recettes, en 2004, à plus de 9 milliards, en 2019, soit 8,6 milliards d’euros), les grands studios américains ont multiplié les gestes amicaux – à chaque superproduction sa vedette chinoise – et les investissements, dont le plus spectaculaire fut l’ouverture du parc Disneyland de Shanghai. Mais aussi les gestes d’autocensure. De la sortie sabotée par Disney de Kundun, la biographie filmée du dalaï-lama réalisée par Martin Scorsese en 1997, à la modification, vingt ans plus tard, de la séquence finale de Transformers : The Last Knight, pour donner le beau rôle à l’Armée populaire, Erich Schwartzel, dans Red Carpet : Hollywood, China, and the Global Battle for Cultural Supremacy (« tapis rouge : Hollywood, la Chine et la bataille mondiale pour la suprématie culturelle », Penguin Press, 400 pages, 26,50 euros, non traduit) raconte une histoire ressemblant étonnamment à celle des studios américains face à l’Allemagne nazie, entre 1933 et 1941, faite de compromis finalement inutiles.

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Pour le journaliste américain, la confiance d’Hollywood dans le pouvoir transformatif du « soft power » américain s’est brisée sur le projet politique du régime chinois. Ce dernier a, en effet, réussi aussi bien à s’assurer la domination du marché intérieur par des productions nationales qu’à limiter la part qui revient aux studios américains.

Quand avez-vous terminé l’écriture de votre livre, et changeriez-vous quoi que ce soit à vos conclusions ?

J’ai terminé l’enquête à l’automne 2020. Il me semble que, aujourd’hui, beaucoup d’éléments viennent étayer ce que je relève. Ces dix-huit derniers mois, les relations du reste du monde avec la Chine se sont tendues. En ce qui concerne la relation de Pékin avec Hollywood, la frustration va croissant côté américain quant à la possibilité d’aller de l’avant. L’accès au marché chinois apparaît comme de plus en plus incertain.

Est-on proche du point où les studios vont dire « mieux vaut s’en passer » ?

Le marché chinois n’est plus considéré comme un impératif. D’après ce que je sais, lorsque les dirigeants des majors d’Hollywood donnent leur feu vert à un film, les recettes en Chine ne sont plus comptabilisées. On ne sait plus si les films auront accès aux salles chinoises [en raison des quotas imposés par Pékin ou de la censure], ni s’ils y rencontreront le succès. Je crois néanmoins que, même si on considère les recettes chinoises comme un revenu aléatoire, elles représentent encore des sommes considérables, et les studios vont continuer à faire en sorte de ne pas compromettre cet accès en raison du contenu des films qu’ils produisent. Enfin, je veux souligner que tous les studios sont des entités qui appartiennent à des maisons mères qui ont d’autres intérêts en Chine.

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