Berlinale : avec Céline Sciamma, Xavier Beauvois est le deuxième réalisateur français en lice pour l'Ours d'or avec "Albatros"

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L'auteur de "Des Hommes et des Dieux" (2010) est en compétition à la 71e Berlinale qui se déroule jusqu'à vendredi soir, en ligne uniquement.

Un gendarme en colère contre "l'indifférence", qui vacille et chute : avec Albatros, en lice pour l'Ours d'Or à Berlin, Xavier Beauvois filme sans fard la misère en milieu rural, reflet sombre du coin de Normandie où vit le cinéaste. Il est le deuxème réalisateur français, avec Céline Sciamma pour Petite maman, en lice pour remporter le précieux Ours d'or de la 71e Berlinale, uniquement en ligne, qui se clôture vendredi soir avec l'annonce de son palmarès.

Xavier Beauvois avait signé en 2010 Des Hommes et des Dieux qui retraçait l'assassinat des moines de Tibhirine, Grand Prix à Cannes et César du meilleur film. Dans L'Albatros, un drame social, Jérémie Renier incarne Laurent, commandant de brigade de gendarmerie à Etretat (Seine-Maritime). Dès la première scène, la carte postale se déchire : la séance photo romantique d'un couple de touristes asiatiques au pied des célèbres falaises de craie est interrompue par le suicide d'un homme, dont le corps tombe à leurs pieds.

Incestes, suicides, violences conjugales, tel est le lot quotidien du gendarme dans ce coin de Normandie. Une misère et des drames avec lesquels Laurent parvient tant bien que mal à composer, entre humour de caserne et douceur du foyer où il retrouve sa compagne et leur fille. Mais tout va basculer lorsque l'une de ses connaissances, un jeune agriculteur qui se débat avec 350 euros par mois et les soucis administratifs, tente de se suicider. En voulant lui sauver la vie, Laurent tire et le tue. Aujourd'hui quadragénaire, la chevelure blonde désormais grisonnante, Jérémie Rénier, révélé très jeune par les frères Dardenne (La Promesse, 1995), excelle dans ce portrait d'un homme rongé par le remords.

Le réalisateur habite lui-même une ferme du XIXe siècle dans un hameau normand depuis une quinzaine d'années. "Je suis pote avec les gendarmes du coin, et c'est en discutant avec eux que j'ai eu l'idée du film", explique-t-il à l'AFP. Le déclencheur a aussi été la mort en 2017 d'un éleveur bovin de Saône-et-Loire, Jérôme Laronze, tué alors qu'il fonçait sur des gendarmes dans un geste désespéré, ajoute-t-il.

Quinze ans après Le Petit Lieutenant, plongée dans la police judiciaire parisienne avec Roschdy Zem et Nathalie Baye, Xavier Beauvois retrouve les forces de l'ordre, "des gens qui vont là où on n'a pas le droit, tout comme les cinéastes". "Normalement, un flic ça ne sort jamais son flingue", souligne le cinéaste, fasciné par les destins des "personnes ordinaires qui vivent tout à coup quelque chose d'extraordinaire".

Dans ce voyage, Xavier Beauvois embarque des acteurs comme Victor Belmondo, le petit-fils de Jean-Paul, dans le rôle d'un gendarme, ou Iris Bry. Mais aussi des non professionnels, des gens du cru, et sa famille : sa femme, l'actrice, scénariste et monteuse Marie-Julie Maille, qui joue la future épouse de Jérémie Renier, a coécrit le film et l'a monté, leur fille joue l'enfant du couple.

Il profite du film pour partager ses préoccupations sur les violences policières, la pauvreté ou la crise climatique, ainsi que son amour de la mer, seul échappatoire pour le personnage principal. S'il "ne pense pas que l'on puisse changer quoi que ce soit avec des films", Xavier Beauvois, est à l'unisson de ses personnages, "en colère devant l'indifférence générale".

Il regarde d'un oeil inquiet la crise du Covid, qui a éclaté pendant le montage du film, et ses conséquences. Mais se console avec sa ferme, ses patates, son âne, qu'il interrompt d'un sonore "ta gueule !" lorsqu'il braie, et ses poules, qui lui offrent "quatre oeufs frais par jour". De quoi oublier le cinéma ? Certainement pas  : "J'ai deux films dans la tête, quasiment finis et prêts à être écrits", souligne-t-il. "Il faut y croire quand même".

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