Berlinale 2021 : l'Ours d'Or au Roumain Radu Jude pour "Bad luck banging or loony porn", tourné avec masques en plein Covid

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Le film, qui a pour sujet l'hypocrisie des sociétés contemporaines, a été tourné pendant la pandémie de coronavirus.

Le Roumain Radu Jude a été couronné vendredi à Berlin pour Bad Luck Banging and Looney Porn, une charge, tournée avec masque, contre l'hypocrisie sociale.

Quinze films étaient en lice pour l'Ours d'Or, compétition spéciale et en ligne cette année. Douloureux rappel de la pandémie qui a mis à genoux le monde du cinéma, le film couronné il y a un an n'est même pas encore sorti en France, où les salles obscures sont toujours fermées. Et personne ne se risque à avancer de dates de sortie pour les films présentés aux professionnels lors de cette Berlinale. A Berlin, les organisateurs espèrent pouvoir se rattraper avec des projections ouvertes au public en juin.

En obligeant la Berlinale à se tenir en ligne, la pandémie a débarrassé du même coup le cinéma "de toutes ces conneries de tapis rouge" et robes de soirées, a salué vendredi le cinéaste Roumain Radu Jude, après avoir reçu l'Ours d'Or.

"Je ne suis pas un puriste du cinéma en salle. Je préfère ça, mais la plupart des films que j'ai vus, je les ai vus sur mon ordinateur". "Je n'ai jamais aimé le tapis rouge et toutes ces choses", a-t-il poursuivi.

"Je trouve ça très bien que le festival ait fait quelque chose" pour pouvoir montrer des films malgré la pandémie qui empêche les rassemblements et les projections en salle, a déclaré le réalisateur de Bad Luck Banging and Looney Porn. "Ce n'est pas idéal, mais nous ne vivons pas dans un monde idéal", a-t-il poursuivi.

"Je pense que l'essence du cinéma, c'est du sérieux" et pas "le tapis rouge, les robes clinquantes, les costumes et le glamour... J'aimerais m'en débarrasser, le cinéma n'a rien à voir avec ce genre de clowneries".

Ce cinéaste de 43 ans succède à l'Iranien Mohammad Rasoulof, qui faisait partie avec cinq autres anciens lauréats du jury de cette édition exceptionnelle. Le film, foisonnant et brut de décoffrage, dont le titre pourrait être traduit par "Baise malencontreuse et porno loufoque", s'ouvre par une séquence de plusieurs minutes de porno amateur.

La fuite de cette "sextape", tournée avec son compagnon par Emi (Katia Pascariu), qui enseigne l'histoire dans un lycée roumain, est l'occasion pour Radu Jude de dresser un portrait au vitriol de la société contemporaine, des militaires aux religieux en passant par les nouveaux riches et les parangons de vertu.

Ce cinéaste, l'un des plus en vue de la riche scène cinématographique d'Europe orientale, avait déjà remporté en 2015 l'Ours d'Argent du meilleur réalisateur à Berlin pour Aferim !, sur le racisme dont sont victimes les Roms en Roumanie.
"C'est un film aussi bien élaboré que sauvage, intelligent et enfantin, géométrique et vibrant, imprécis et qui attaque le spectateur : il ne laisse personne indifférent" tout en ébranlant "nos conventions sociales et cinématographiques", a salué l'un des membres du jury, le réalisateur israélien Nadav Lapid.

"Les spectateurs sont invités à faire une comparaison entre l'obscénité de cette vidéo porno et l'obscénité publique de la société, de l'hypocrisie, des traces de l'histoire qui restent jusqu'à nous", a expliqué au cours de la compétition à l'AFP Radu Jude. "Il y a une comédie du désespoir, de la sexualité, de la condition humaine", "mais cela n'empêche pas bien sûr d'être furieux ou en colère contre certains aspects de notre société", a-t-il poursuivi. 


Le film a aussi la particularité d'avoir été tourné en pleine pandémie et tous les acteurs apparaissent masqués. Une contrainte mise à profit par le réalisateur, qui s'amuse à faire porter à ses acteurs des masques ornés de slogans ou de smileys en total décalage avec leurs propos. "J'ai collecté tous les masques que j'ai trouvés et je les ai choisis pour les acteurs, comme un costume", a précisé Radu Jude.

L'autre actualité de la Berlinale a été l'attribution à l'actrice allemande Maren Eggert, déjà apparue dans la série Marseille, du prix "non genré" de la meilleure interprétation pour son rôle dans la comédie allemande "I'm Your Man", l'amour sous algorithmes entre un robot à apparence humaine (joué par Dan Stevens, Downton Abbey) et une chercheuse célibataire endurcie.

Le prix de la meilleure interprétation secondaire est également revenue à une actrice, la Hongroise Lilla Kizlinger pour son rôle dans Forest - I See You Everywhere de Bence Fliegauf.

Ours d'or du meilleur film : Bad luck banging or loony porn de Radu Jude (Roumanie)

Grand prix du jury, Ours d'argent : Wheel of Fortune and Fantasy de Ryusuke Hamaguchi (Japon)
Prix du jury, Ours d'argent : Mr Bachmann and His Class de Maria Speth (Allemagne)
Ours d'argent du meilleur réalisateur : Dénes Nagy pour Natural Light (Hongrie)
Ours d'argent de la meilleure interprétation (prix non-genré) : l'Allemande Maren Eggert pour son rôle dans I'm your man (Allemagne)
Ours d'argent pour la meilleure interprétation dans un rôle secondaire (prix non-genré) : la Hongroise Lilla Kizlinger pour son rôle dans =Forest - I See You Everywhere
Ours d'argent de la meilleure contribution artistique : Yibrán Asuad pour le montage de Una película de policías de Alonso Ruizpalacios (Mexique)
Ours d'argent du meilleur scénario : Introduction de Hong Sangsoo (Corée du Sud).

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