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De la lagune vénitienne à la gare de Bologne, le réalisateur italien trace une carte du Tendre très politique dans sa première série, après son remake de « Suspiria » en 2018.

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Luca Guadagnino, à Londres, en 2018. Luca Guadagnino, à Londres, en 2018.

On se demandait un peu où était passé Luca Guadagnino. Après le triomphe de Call Me by Your Name en 2017, qu’il décrit comme une « idylle » adolescente, le réalisateur italien a dépensé une bonne part de son capital critique et public avec Suspiria, un remake du film d’horreur de Dario Argento, situé à Berlin (trois ans plus tôt, le cinéaste s’était déjà essayé à l’exercice en réimaginant La Piscine, de Jacques Deray, dans A Bigger Splash). Sorti en 2018, le film fut un échec, ce qui n’a pas empêché Guadagnino de vouloir poursuivre sur la voie du recyclage, puisqu’on l’annonçait comme successeur de Howard Hawks et Brian De Palma dans une nouvelle version de Scarface.

Pour qui avait été emporté par la sensualité d’Amore (2009), ravi par l’extase naïve de Call Me by Your Name, l’arrivée de We Are Who We Are est un soulagement. Revenant sur le territoire de l’adolescence, s’aventurant sur celui de la série (l’histoire court sur huit épisodes et sept heures), Luca Guadagnino affronte cette fois directement le monde moderne en y précipitant deux adolescents, enfants de militaires américains stationnés en Italie, incertains de leur identité mais bien décidés à ne laisser personne d’autre qu’eux la déterminer.

Une fille qui s’habille parfois en garçon

Rien d’autobiographique là-dedans. Sur l’écran d’un ordinateur, le cinéaste, bientôt 50 ans, décrit son adolescence comme « solitaire ». « J’étais concentré sur ce que je voulais devenir, j’étais plongé dans les livres et les films, je n’agissais pas. J’étais un jeune homme paralysé. J’avais un plan, comme un plan quinquennal soviétique, et j’ai essayé de le réaliser, d’une certaine manière aux dépens de l’élan de la vie. »

« Les personnages sont déplacés, non seulement parce qu’ils vivent à l’étranger, mais aussi parce qu’ils sont dans une phase de transition, l’adolescence. »

Quand le producteur Lorenzo Mieli lui a proposé de diriger une série sur des adolescents s’interrogeant sur leur genre située dans une banlieue américaine, Luca Guadagnino a dit non, par détestation pour « les films à sujet qui veulent profiter de l’air du temps ». Lui est venue aussitôt l’idée de raconter une histoire dont le cadre serait une base américaine en Italie. « Les personnages sont déplacés, non seulement parce qu’ils vivent à l’étranger dans un monde qui est un microcosme de la société américaine, mais aussi parce qu’ils sont dans une phase de transition, l’adolescence. » Caitlin, la jeune fille qui s’habille parfois en garçon, Fraser, le fils de deux femmes militaires de carrière, ont ainsi pris naissance. « Je ne voulais pas que l’intrigue conduise le récit, insiste Luca Guadagnino, mais qu’on le comprenne à travers les comportements. »

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