Agnès Jaoui : « J’aime l’idée de consoler à mon tour »

Il y a 1 mois 28
Agnès Jaoui, réalisatrice et actrice PHILIPPE QUAISSE / PASCO Par Annick Cojean

Publié aujourd’hui à 00h41

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PortraitJe ne serais pas arrivée là si… Chaque dimanche, « Le Monde » interroge une personnalité sur un moment décisif de son existence. Cette semaine, la comédienne et réalisatrice revient sur son chagrin fou, enfant, en découvrant la finitude, et témoigne d’un désir ardent de laisser une trace.

Son discours dénonçant le sexisme dans le cinéma a fait l’effet d’une petite bombe, le 25 novembre 2020, lors des assises du Collectif 50/50 pour l’égalité, la parité et la diversité. Mais Agnès Jaoui n’a jamais eu peur de s’exprimer d’une voix sincère dans le paysage culturel français. A 56 ans, cette comédienne, autrice, scénariste, réalisatrice et chanteuse continue d’interroger les mœurs de l’époque.

Je ne serais pas arrivée là si…

…Si je n’avais pas eu ce papa et cette maman-là, c’est une évidence. Une foule d’autres personnes ont joué un rôle important dans ma vie. Mais ces deux-là s’imposent au premier chef. Ces deux parents aux personnalités si fortes, si entières, si atypiques.

Maman, aujourd’hui décédée, était psychothérapeute. C’est elle qui a introduit en France l’analyse transactionnelle, esprit passionné, analytique, très particulier. Quant à mon père… Ah, comment décrire ce père ? Cet anticonformiste qui ne ressemble à personne. Tenez, en rangeant la chambre d’amis, je suis récemment tombée sur le manuscrit d’un de ses nombreux ouvrages, que je n’ai d’ailleurs pas lu. Lisez le titre, il vous dit tout.

« Un souffle sur la braise… Ou comment être Dieu en 60 leçons ». Quel programme !

La théorie de mon père est qu’on a tous un dieu en nous, ou plutôt, puisqu’il est athée, qu’on est nous-même un formidable trésor. Et qu’on se doit de le développer.

Voilà une base d’éducation prometteuse…

C’est vrai. J’ai eu des parents très épanouissants. Mon père nous a traînés, mon frère et moi, dans tous les musées du monde. Picasso, les surréalistes, il en était fou. Petits, on s’ennuyait évidemment et je râlais : « Pftt, c’est facile ! » Mon père ne se démontait pas : « Eh bien fais-le. » Et en rentrant des expos, on s’y mettait. On dessinait, on faisait des collages. Son invitation n’était ni moqueuse ni provocante. Au contraire, c’était un encouragement à comprendre l’art contemporain et à faire.

Ça ouvre l’horizon.

Et c’est formidablement libérateur. Mes parents, de fait, étaient très valorisants. J’ai été extrêmement valorisée. Je m’en rendais compte par rapport à ce que vivaient mes copains et copines. Tout était si différent chez nous ! Il y avait une immense permissivité. On parlait de tout, peut-être trop d’ailleurs.

Mais c’était les années 1970 et mes parents étaient tellement jeunes. Ils avaient vécu en plein la libération sexuelle, étaient partis de Tunisie pour aller en kibboutz avant de se poser en France. Ils avaient fait, je crois, toutes les expériences possibles de ces années-là et ils se fichaient des cadres et des conventions. Aucune fête ou obligation familiale qui tienne, aucune célébration de Noël ou des anniversaires. Mon père fêtait le premier de l’an un 13 février… Il adore provoquer et tout remettre en cause.

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